Restauration des forêts : « il faut restaurer 470 Mha pour atteindre les objectifs 2030 » (rapport FAO)
« La restauration des forêts et des paysages est bien plus qu’une priorité environnementale : il s’agit d’un investissement stratégique dans des systèmes agroalimentaires résilients et dans le développement rural », indique un rapport publié par laFAO, présenté lors de la 28e session de son Comité des forêts (COFO 28), à Rome le 28/09/2026.
Dans « L’État des forêts dans le monde 2026 - Restaurer les forêts et les paysages : la voie à suivre pour un avenir durable », la FAO présente la restauration des forêts et des paysages (RFP) comme « une réponse essentielle aux défis mondiaux interdépendants que sont l’insécurité alimentaire, le changement climatique, la perte de biodiversité et la dégradation des sols ».
Dans des conditions favorables, la restauration peut rapporter jusqu’à 30 $ pour chaque dollar investi, bien que les bénéfices varient selon le contexte. « Le coût de l’inaction dépasse celui de la restauration, notamment en raison d’importantes pertes sociales et culturelles », ajoute le rapport.
Les forêts couvrent 4,14 Mdha (32 % des terres), stockent 714 gigatonnes de carbone, abritent jusqu’à 80 % de la biodiversité terrestre et assurent les moyens de subsistance de près d’un tiers de l’humanité. Pourtant, 489 Mha ont été perdus à cause de la déforestation depuis 1990, et les incendies touchent 127 Mha de forêt chaque année.
Dans l’Évaluation mondiale des ressources forestières 2025 de la FAO, les pays ont déclaré près de 44 Mha de forêts en cours de restauration, mais les progrès restent inégaux et insuffisants pour combler le fossé entre les engagements et un impact durable.
Avertissant que « la marge de manœuvre pour agir se rétrécit », le rapport exhorte les pays à privilégier « une restauration à long terme et de haute qualité plutôt que la quantité seule » et à l’intégrer dans leurs stratégies nationales de développement, car des efforts retardés ou mal conçus augmenteraient les coûts, aggraveraient les inégalités et enfermeraient les paysages dans des voies non durables.
Destiné aux États membres de la FAO et à ses partenaires œuvrant dans le domaine de la restauration, ce rapport s’appuie sur la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes 2021-2030 et sur le Cadre stratégique de la FAO pour 2022-2031.
La restauration porte ses fruits, mais la mise en œuvre reste en deçà des ambitions
La dégradation s’aggrave : la restauration est indispensable
- La croissance démographique, le changement d’usage des sols et la demande en ressources ont dégradé plus de 10 % des terres de la planète (1,56 Mdha), dont environ 460 Mha de forêts.
- La demande croissante de produits forestiers et la concurrence pour les terres creusent le fossé entre ce que les écosystèmes peuvent fournir et ce dont les populations ont besoin.
- Une restauration à grande échelle est nécessaire de toute urgence pour atteindre les objectifs en matière de climat, de biodiversité, de terres et de sécurité alimentaire.
La restauration est un investissement stratégique, et non une option
- Elle apporte des avantages en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, de biodiversité, de sécurité alimentaire et de résilience socio-économique.
- Dans des conditions favorables, chaque dollar investi peut rapporter jusqu’à 30 dollars, bien que les résultats varient selon le contexte, le type d’intervention et l’horizon temporel.
- L’inaction, y compris ses pertes sociales et culturelles, coûte plus cher que la restauration.
La restauration stimule les économies et renforce la résilience
- Des écosystèmes sains sous-tiennent plus de la moitié du PIB mondial et sont essentiels à la stabilité économique.
- La restauration crée des emplois, redynamise les systèmes de production et favorise une croissance capable de résister aux chocs.
- Elle améliore également le bien-être, renforce la cohésion sociale et préserve l’identité culturelle et les systèmes de savoir.
Les populations sont au cœur de la démarche, mais les bénéfices sont inégaux
- Les savoirs et la participation des communautés locales sont essentiels à la réussite, car ils améliorent les moyens de subsistance, la biodiversité et la résilience lorsque les bénéfices sont partagés équitablement.
- Les droits, les savoirs et les priorités des peuples autochtones, ainsi que l’application du principe du consentement libre, préalable et éclairé, contribuent à la biodiversité, aux valeurs culturelles et à la résilience des écosystèmes.
- La réussite passe par des approches fondées sur les droits, un partage équitable des avantages et une gouvernance respectueuse des droits, des savoirs et des priorités locaux.
La restauration : une solution intégrée à l’échelle du paysage
- La restauration des forêts et des paysages concilie conservation et production dans le cadre d’une utilisation mixte des terres. Elle s’appuie sur les six principes du Partenariat mondial pour la restauration des forêts et des paysages et s’aligne sur les dix principes de la Décennie des Nations unies.
- L’agroécologie et l’agroforesterie restaurent la santé des sols et soutiennent les moyens de subsistance, tandis que des chaînes de valeur rentables contribuent à la réussite de la restauration.
- Il faut gérer les compromis, car aucune intervention isolée ne permet d’atteindre tous les objectifs.
- La combinaison des savoirs locaux, traditionnels et scientifiques est essentielle pour une restauration efficace et adaptée au contexte.
Des engagements forts, des progrès insuffisants
- La RF est au cœur des ODD, des Conventions de Rio et d’autres cadres mondiaux.
- Les engagements portent sur plus d’un milliard d’hectares. Le rapport estime que 470 MHa doivent être restaurés pour atteindre les objectifs fixés pour 2030.
- Des contraintes en matière de financement, de gouvernance, de suivi et de capacités techniques freinent la mise en œuvre.
- Des résultats durables dépendent d’ une gestion soutenue après l’intervention initiale, ce qui s’avère souvent difficile.
De meilleurs indicateurs et normes sont nécessaires
- La diversité des définitions, des indicateurs et des systèmes de reporting fragmente le suivi des progrès.
- Les données se concentrent sur la superficie restaurée, sans accorder suffisamment d’attention aux résultats socio-économiques et à la biodiversité à long terme.
- La restauration doit respecter des normes de haute qualité, étayées par un suivi harmonisé, des indicateurs de résultats écologiques et un apprentissage adaptatif.
La généralisation de ces pratiques passe par quatre axes interdépendants
- Personnes : garantie des droits, engagement significatif et gouvernance inclusive.
- Territoire : hiérarchisation spatiale et planification à l’échelle du paysage.
- Finances et entreprises : des mécanismes de financement adaptés aux objectifs et aux risques.
- Politiques et législation : des politiques et des cadres juridiques cohérents, une coordination institutionnelle, des droits fonciers et des incitations fiscales cohérentes.
Ces quatre axes doivent être combinés, car s’appuyer sur un seul d’entre eux risque d’entraîner des lacunes en matière d’inclusivité, d’efficacité et de durabilité.
En outre, le financement doit répondre aux besoins à long terme, atteindre les acteurs locaux et s’éloigner d’une utilisation des terres « comme d’habitude », tandis que de nouvelles normes, la surveillance géospatiale, les financements mixtes, les accélérateurs et les plateformes numériques apportent leur contribution, même si de nombreux efforts restent fragmentés ou locaux. Les modèles qui ont fait leurs preuves devraient être étendus à l’aide d’approches inclusives et propices à l’investissement, soutenues par des institutions solides et le développement des compétences.
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