« La réglementation permettrait de réaliser le potentiel du recyclage textile » (F. Hoffmann, Avantium)
« Dans les textiles, les mélanges sont la norme plutôt que l’exception, et le recyclage chimique est largement reconnu comme la solution la plus logique », déclare à News Tank Floris Hoffmann, en charge des affaires européennes au sein de la société néerlandaise Avantium. « Cela dit, le recyclage chimique n’en est encore qu’au tout début de son industrialisation en Europe. Alors que les premières usines à grande échelle pour le recyclage chimique des plastiques commencent à peine à voir le jour, les solutions spécifiques aux textiles sont clairement moins avancées. »
Floris Hoffmann, EU Public Affairs Advisor chez Avantium, a répondu aux questions de News Tank lors du Forum 2026 organisé par Circular Bio-based Europe à Bruxelles le 24/03/2026.
« La législation européeenne existante, avec notamment la directive-cadre sur les déchets, fournit une base, mais un cadre plus harmonisé et dédié aux textiles soutiendrait le développement du marché. La demande de contenu textile recyclé reste limitée, car peu de mesures encouragent les marques à utiliser systématiquement des matériaux recyclés. Des signaux politiques plus forts soutiendraient la demande et faciliteraient l’expansion industrielle », souligne F. Hoffmann.
« La production textile atteint des volumes gigantesques, mais l’utilisation de contenu recyclé dans les vêtements reste extrêmement faible », explique le responsable Affaires Européennes d’Avantium. « Le potentiel est important, mais les mesures réglementaires qui stimulent la demande - y compris les exigences en matière de contenu recyclé - constitueront un facteur important pour une adoption plus large. Ce défi n’est pas spécifique à une seule entreprise. Tout au long de la chaîne de valeur du textile, du tri au recyclage et à l’innovation en matière de matériaux, une plus grande clarté et une plus grande cohérence, avec des signaux orientés vers la stimulation de la demande permettraient d’accélérer l’adoption de textiles recyclés. »
« D’un point de vue technique, le déploiement est faisable », poursuit-il. « Cependant, les tissus vierges restent peu coûteux, car ils sont en grande partie produits à partir de mélanges de plastiques bon marché. Les tissus recyclés sont plus coûteux, car le recyclage chimique nécessite des investissements importants en énergie et en capital. Et le recyclage mécanique n’est pas adapté aux tissus mélangés ».
Comment fonctionne la technologie d’Avantium ?
Avantium est une entreprise néerlandaise qui produit des plastiques à partir de sucre. Elle utilise un processus chimique pour convertir le sucre en FDCA, un produit chimique d’origine végétale, qui est ensuite utilisé pour produire du PEF. Ce matériau est un polyester similaire au PET, mais avec des propriétés de performance améliorées et la capacité de prolonger la durée de conservation des produits emballés. Cela contribue à réduire le gaspillage alimentaire.
Outre la production de FDCA et de PEF, Avantium a mis au point une technologie de recyclage chimique des déchets textiles, connue sous le nom de Dawn Technology®. Ce procédé permet de séparer les textiles mixtes coton-polyester en flux de matériaux distincts.
Comment votre technologie de recyclage chimique fonctionne-t-elle avec les déchets textiles ?
La technologie Dawn® traite les déchets textiles post-consommation composés de coton, de polyester et d’autres matériaux. Grâce au recyclage chimique, le coton est séparé des matières synthétiques. Le coton est converti en glucose, qui peut être utilisé comme matière première pour produire du FDCA, tandis que le polyester est récupéré en vue d’un recyclage ultérieur. Ces produits peuvent être utilisés pour fabriquer de nouvelles bouteilles en plastique, des textiles, des matelas ou des tissus d’ameublement.
Le processus permet d’obtenir des rendements élevés. À partir de vêtements contenant à la fois du coton et du polyester, les deux fractions sont efficacement séparées et réutilisées. Les proportions exactes dépendent de la composition initiale, mais les pertes globales de matériaux restent limitées.
Quels sont les principaux défis à relever pour la mise à l’échelle ?
Deux grands défis ont été identifiés. Le premier concerne le financement de la prochaine phase de développement. La technologie nécessite une validation plus poussée à l’échelle pilote avant de passer à l’échelle, avec une première usine commerciale. Nous travaillons au sein de plusieurs consortiums et participons à des concours - The Mills Fabrica, ou avec H&M, par exemple - pour relever ce défi.
La demande de textiles recyclés reste limitée, car peu de mesures encouragent les marques à utiliser systématiquement des matériaux recyclés.Le deuxième point concerne le cadre réglementaire et commercial des déchets textiles. La législation existante, notamment la directive-cadre sur les déchets, constitue une base, mais un cadre plus harmonisé et dédié aux textiles soutiendrait le développement du marché. La demande de contenu textile recyclé reste limitée, car peu de mesures encouragent les marques à utiliser systématiquement des matériaux recyclés. Des signaux politiques plus forts soutiendraient la demande et faciliteraient l’expansion industrielle.
D’un point de vue technique, le déploiement est possible. Toutefois, les tissus vierges restent peu coûteux, car ils sont en grande partie produits à partir de mélanges de plastiques bon marché. Les tissus recyclés sont plus coûteux, car le recyclage chimique nécessite des investissements importants en énergie et en capital. Et le recyclage mécanique n’est pas adapté aux matériaux mélangés.
La perception du recyclage chimique par rapport au recyclage mécanique constitue-t-elle également un obstacle ?
Le problème se pose moins dans le secteur du textile. Dans le secteur de l’habillement, il est généralement admis que les vêtements sont fabriqués à partir de matériaux mélangés et que le recyclage chimique est nécessaire pour en récupérer la valeur. C’est une différence par rapport aux domaines du plastique et de l’emballage, où les matériaux sont souvent à flux unique et où le recyclage mécanique est plus facile.
Dans les textiles, les mélanges sont courants et le recyclage chimique est largement considéré comme une solution pertinente. Toutefois, le recyclage chimique n’en est qu’à ses débuts en Europe. Les usines à grande échelle pour les plastiques commencent seulement à émerger, et les solutions spécifiques aux textiles sont moins avancées.
Envisagez-vous d’implanter des installations de recyclage à proximité des destinations d’exportation des textiles usagés, comme le Pakistan ou le Ghana ?
Ce n’est pas à l’étude actuellement.
Au-delà de la réglementation, existe-t-il d’autres moyens de développer ce marché ?
Les leviers disponibles restent limités. La Commission européenne examine des mesures relatives aux matelas, qui comprennent des composants textiles. Pour les vêtements, des mesures comparables ne sont pas encore en place. Dans d’autres secteurs, tels que l’emballage et l’automobile, des exigences en matière de contenu recyclé existent déjà.
La production textile se fait à grande échelle, mais l’utilisation de contenu recyclé reste faible. Le potentiel est important, mais des mesures réglementaires qui stimulent la demande, y compris des objectifs en matière de contenu recyclé, favoriseraient une adoption plus large.
Cette question concerne l’ensemble de la chaîne de valeur. Du tri au recyclage et au développement des matériaux, des signaux de demande plus clairs et plus cohérents favoriseraient l’expansion de l’utilisation de textiles recyclés.
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