Exclusif« Avec Reju, Technip Energies ouvre une boucle de circularité » (Arnaud Pieton, P-DG de Technip Energies)

News Tank Transitions - Bruxelles - Interview n°430905 - Publié le -
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Arnaud Pieton, P-DG de Technip Energies -

« Avec Reju, Technip Energies applique son expertise des molécules à un enjeu majeur des transitions à mener : la circularité dans le secteur des textiles. C’est une nouvelle démarche, dans un nouveau secteur, très différent de notre environnement usuel, mais nous arrivons également avec des savoir-faire et des connaissances reconnus, et utiles.

Depuis la création de Technip Energies, il y a cinq ans exactement, le 16/02/2021, notre stratégie est claire : nous fournissons à nos clients l’ingénierie et les infrastructures nécessaires pour transformer tous types de matière première en produits finaux.

Cela peut prendre toutes les formes, et toutes les tailles : nous sommes actuellement en cours de construction de deux usines GNL au Quatar, NFE et NFS, les plus grandes au monde, sur lesquelles travaillent 60 000 personnes, et qui font chacune la taille d’un arrondissement parisien. Mais nous accompagnons aussi, par exemple, Verso Energy, en France, qui développe des usines de production de carburants de synthèse, avec une première implantation en cours de construction à Port-Jérôme, près de Rouen.

Historiquement, nous avons toujours développé les projets des autres ; avec Reju, Technip Energies devient également producteur, sur un secteur prometteur. Et nous arrivons avec des ambitions, puisque nous visons un chiffre d’affaires annuel de 2 Md€ en 2035 », déclare Arnaud Pieton, P-dg de Technip Energies, à News Tank, le 12/02/2026, lors de la présentation à la presse européenne du démonstrateur de Reju, à Francfort (Allemagne).


Alors que Technip Energies célèbre ses cinq ans, l’entreprise progresse sur Reju, une filiale à 100 %, dédiée à la régénération des textiles, avec pour objectif de créer une boucle de circularité sur ce marché : c’est loin de vos métiers habituels. Qu’est-ce qui a motivé cette initiative ?

Arnaud Pieton  : "Avec Reju, Technip Energies applique son expertise des molécules à un enjeu majeur des transitions à mener : la circularité dans le secteur des textiles. C’est une nouvelle démarche, dans un nouveau secteur, très différent de notre environnement usuel, mais nous arrivons également avec des savoir-faire et des connaissances reconnus, et utiles. Depuis la création du Technip originel, en 1958, par l’IFP, nous avons développé une expertise et une culture autour de la transformation de la molécule, au sens large, et bien plus large que les seules molécules carbonées : Technip Energies a développé et construit 30 % de la capacité d’hydrogène mondiale, ainsi que les infrastructures du finlandais Neste, aujourd’hui leader mondial du SAF, avec 1,5 million T/an, à Rotterdam et Singapour, pour ne citer que deux exemples.

Depuis la création de Technip Energies, il y a cinq ans exactement, le 16/02/2021, notre stratégie est claire : nous fournissons à nos clients l’ingénierie et les infrastructures nécessaires pour transformer tous types de matière première en produits finaux. Cela peut prendre toutes les formes, et toutes les tailles : nous sommes actuellement en cours de construction de deux usines GNL au Quatar, NFE et NFS, les plus grandes au monde, sur lesquelles travaillent 60 000 personnes, et qui font chacune la taille d’un arrondissement parisien.

Notre champ d’action est quasi-infini : nous sommes par exemple des acteurs de la transformation de l’ammoniac, composant essentiel des engrais, et nous contribuons donc également à la sécurité alimentaire.

Mais nous accompagnons aussi, par exemple, Verso Energy, en France, qui développe des usines de production de carburants de synthèse, avec une première implantation en cours de construction à Port-Jérôme, près de Rouen : là, nous accompagnons un acteur innovant dans ses premières phases de développement. Et notre champ d’action est quasi-infini : nous sommes par exemple des acteurs de la transformation de l’ammoniac, composant essentiel des engrais, et nous contribuons donc également à la sécurité alimentaire. Ce ne sont que trois exemples, et il y a une vaste gamme de projets entre les deux : notre carnet de commandes s’établit actuellement à 16,8 Md€, et 98 % de notre chiffre d’affaires est effectué hors de France.

Qu’est-ce que Technip Energies apporte à Reju ?

Tout d’abord, notre expertise de la transformation des molécules, qui permet à Reju de développer sa technologie de dépolymérisation des fibres en polyester post-consommation : nous traitons le tissu -le plus souvent un mélange de coton et de polyester- après sa collecte et son tri. Pour cela, nous avons investi des dizaines de millions d’euros dans le démonstrateur de Francfort, qui a une capacité de production aujourd’hui de1000 tonnes / an. Il nous sert à tester les process et les équipements, à roder les savoir-faire, et à mettre en place des procédés scalables : nous sommes une société d’ingénierie, et nous savons faire passer les procédés à l’échelle.

Nous sommes une société d’ingénierie, et nous savons faire passer les procédés à l’échelle.

C’est vital dans le monde de l’énergie, c’est vital dans le monde de l’industrie, et ça l’est également dans ce nouvel univers de la circularité : les transitions n’auront pas lieu si elles ne sont pas économiquement abordables, pour les acteurs comme pour les consommateurs.

Avec cet investissement, et l’investissement de 350 M€ que nous allons effectuer dans une première usine, à Lacq, ou aux Pays-Bas ou aux Etats-Unis, nous permettons à Reju de franchir un seuil critique pour toute start-up déjà bien avancée : le financement de la première usine.

Et qu’est-ce que Reju apporte à Technip ?

Reju, c’est d’abord une incarnation de l’esprit d’innovation qui anime Technip Energies : nous développons les projets les plus innovants dans nos secteurs, comme par exemple dans la plus grande infrastructure de captation carbone du monde, à Teeside, au Royaume-Uni, où nous avons signé un contrat de 2 Md£. Et nous investissons également 100 % de notre R&D (73 M€ de budget en 2024) dans la décarbonation, à travers différents projets.

Nous avons commencé à nous intéresser à la circularité, et nous avons découvert la solution d’IBM pour le recyclage du polyéthylène, qui était encore en laboratoire ; et Patrik Frisk, qui était alors P-DG de Under Armour, une marque de sportswear américaine, s’est ensuite joint à nous : nous avons alors lancé Reju, en 2023, dédiée à la régénération du polyester, l’un des plus gros enjeux de la circularité à l’échelle mondiale, notamment depuis l’essor de la fast-fashion.

Historiquement, nous avons toujours développé les projets des autres ; avec Reju, Technip Energies devient également producteur, sur un secteur prometteur.

Historiquement, nous avons toujours développé les projets des autres ; avec Reju, Technip Energies devient également producteur, sur un secteur prometteur. Et nous arrivons avec des ambitions, puisque nous visons un chiffre d’affaires annuel de 2 Md€ en 2035 : le marché est à créer, et s’il y a objectivement plus de risques que dans les métiers de l’ingénierie, il y a également plus de retombées potentielles. Mais, d’une part, le calcul et la gestion du risque font partie de notre métier, et d’autre part, nous concevons également un outil industriel que nous pourrons répliquer sur tous les continents, et dans toutes les configurations. 

Aujourd’hui, la circularité est une volonté politique affichée, notamment à l’échelon européen avec le Circular Economy Act, annoncé pour 2026 ; mais qu’en est-il dans les faits ? 

Avec Reju, nous recyclerons le polyester post-consommation. En amont, il reste à organiser la collecte, afin de nous fournir un approvisionnement suffisant en feedstock, et en aval, il nous faut ensuite des clients, donc des acteurs de l’industrie textile, tel Inditex (propriétaire notamment de Zara), par exemple. Et tout ceci se passe dans un écosystème totalement à créer ; nous sommes donc présents à tous les niveaux. Ainsi, au niveau européen, Alain Poincheval, le Directeur des opérations de Reju, fait partie des associations et des groupes d’experts qui contribuent actuellement à la définition des règles du jeu de la circularité, en matière de textile : statut des déchets, digital labelling des textiles, ainsi que l’ EPR Extended Producer Responsibility ou encore la CSRD. C’est en ce moment que cela se passe, et les objectifs de l’UE en matière de circularité sont ambitieux.

Tout ceci se passe dans un écosystème totalement à créer ; nous sommes donc présents à tous les niveaux.

Pour l’amont, nous nouons des partenariats avec des acteurs du waste management, comme Goodwill aux Etats-Unis, ou des industriels, tel Suez avec qui nous discutons. Il s’agit là d’industrialiser complètement une filière, et de créer de nouvelles habitudes chez les consommateurs  : l’enjeu est fort, et complexe, avec de nombreux tests actuellement sur le sujet.

Et pour l’aval, nous bénéficions de l’expérience de Patrik Frisk : c’est lui qui nous a convaincu de l’importance de créer une marque, sur des marchés qu’il connaît bien. Et aujourd’hui, une soixantaine d’acteurs sont intéressés par nos avancées, et nos produits. 

Enfin, vous avez annoncé le site de Chemparc, à Lacq (Pyrénées-Atlantique), comme site pour la première usine en France de Reju : pourquoi ce choix ? 

Nous attendons la Décision Finale d’investissement pour arbitrer entre Lacq, en France, Chemelot, aux Pays-Bas, et Rochester, aux Etats-Unis pour notre première usine : le montant des subventions que nous pourrons obtenir jouera, bien sûr. Et nous avons opté pour Lacq, parce que c’est un haut lieu de la chimie française, et qu’il y a sur place tout ce dont un acteur comme Reju peut avoir besoin : équipements, partenaires, prestataires. Et nous serons heureux d’y installer Reju, si le niveau d’aides nous le permet ; en France, comme en Europe, c’est l’équilibre entre réglementations et incitations qui permettra à l’industrie européenne de créer et de conquérir ces nouveaux marchés.

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