Diplomatie climatique : « L’UE doit revoir complètement sa stratégie de négociation » (M. Barbut au Sénat)

News Tank Transitions - Paris - Actualité n°444667 - Publié le -
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« L’Union européenne doit cesser de faire preuve de naïveté et revoir complètement sa stratégie de négociation en matière de climat. Elle doit être prête à adopter des positions plus fermes, définir des mandats de négociation précis, assumer ses lignes rouges, et être capable de refuser un mauvais accord », déclare Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, le 12/06/2026.

Elle était auditionnée par la Mission d’information du Sénat dédiée à la diplomatie climatique (créée à l’initiative du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants -RDPI), qui arrive à son terme, après plus d’une trentaine d’auditions.

« Il ne s’agit plus d’accepter des termes sous prétexte qu’il faut sauver le multilatéralisme, argument que l’on entend à chaque fin de réunion, et la COP 30 à Bélem n’y a pas échappé ! », poursuit Monique Barbut.

« L’UE doit aussi porter une diplomatie plus lisible et être capable d’expliquer ses politiques à ses partenaires. Pour la prochaine COP, j’ai demandé à la Commission européenne de préparer des fiches synthétiques, pays par pays, à propos des efforts financiers sur le climat, mais aussi de l’impact du MACF - trop souvent mal compris ».

Pour elle, il faut aussi « adopter une procédure transactionnelle au sein des COP, compte tenu de la taille du marché intérieur de l’UE. Il faut être capable de fermer notre marché aux productions qui ne respectent pas nos exigences environnementales, de défendre le MACF et de renforcer la préférence européenne. L’objectif est de concilier politiques commerciale, industrielle et ambition climatique ».

La ministre plaide d’ailleurs pour faire du respect de l’Accord de Paris une des clauses des accords commerciaux signés entre l’UE et une partie étrangère, « car on ne peut pas continuer à opposer ces sujets ».

Le rapport final de cette mission d’information, qui dressera le bilan des différents échanges, est attendu début juillet.


Accord de Paris : « Il faut veiller sur son héritage »

« L’anniversaire de l’Accord de Paris a permis de montrer le chemin parcouru mais aussi de rappeler qu’il faut veiller sur son héritage », rappelle la ministre. « L’impulsion donnée il y a dix ans est aujourd’hui freinée par l’évolution des rapports de force internationaux et les tensions géopolitiques qui se multiplient ».

Pour la ministre, cette perte d’élan s’illustre par les résultats de la COP 30 à Bélem, avec « une déclaration vide de sens, qui ne mentionne même pas la sortie des énergies fossiles, pourtant au cœur de l’Accord de Paris. Par ailleurs, à date, 58 pays n’ont toujours pas remis leur contribution nationale climatique, pourtant leur seul engagement ».

« La COP historique qui a vraiment permis de graver dans le marbre la sortie des énergies fossiles comme étant notre priorité, c’est celle de Dubaï », poursuit-elle. « Et puis, il y a de nouveaux sujets à inscrire, comme le méthane - qui a par ailleurs été mis en lumière dans le cadre du G7 Environnement ».

Financement climat : « Il nous faut absolument progresser »

Autre point souligné par la ministre lors de son audition, celui du financement climat, et en particulier l’élargissement de la base de donateurs, sur lequel « il nous faut absolument progresser. L’UE représente actuellement plus de la moitié des financements climat à destination des pays en développement. Ce qui était acceptable en 1992 ne l’est plus ».

« Il n’est pas normal que des grands pays émergents ou que les pays du Golfe ne contribuent pas. La France, avec plus de 6Md€ de finance climat chaque année fait trois fois plus que sa juste part, compte tenu de ses émissions historiques ».

Par ailleurs, « notre diplomatie climatique doit remettre les questions d’adaptation au cœur de nos sujets. Si nous n’investissons pas plus dans la résilience des pays les plus vulnérables, et je pense en particulier aux pays d’Afrique, les crises alimentaires, les pressions migratoires, et les tensions géopolitiques vont se multiplier ».

Monique Barbut, « fervente partisane du recours aux crédits carbone internationaux »

« L’UE ne représente aujourd’hui que 6 % des émissions mondiales, et cela baisse. Même si l’Europe parvenait à la neutralité carbone, cela n’empêcherait pas le changement climatique. Faire porter tous les efforts de décarbonation uniquement sur l’Europe n’a donc pas de sens. Je suis donc une fervente partisane du développement du recours aux crédits carbone internationaux », déclare Monique Barbut.

Elle considère en effet que « cet instrument permet à tous de “faire le dernier kilomètre” à moindre coût : ce que l’on peut faire dans les pays étrangers coûtera moins cher que la tonne de carbone évitée en Europe. D’autre part, cela nous inscrit dans un cercle vertueux, avec d’un côté le MACF, et de l’autre le fait que nous soyons prêts à racheter des crédits carbone, permettant aux pays les plus pauvres de financer des politiques d’adaptation ou de décarboner leur propre économie ».

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